Travailler plus pour gagner plus… Notre président a donné le ton de la nouvelle politique de l’emploi, mais où cela va-t-il nous emmener ?
Le chômage de masse est un boulet que la France traîne depuis longtemps et que la politique de droite de ces dernières années n’a toujours pas su régler. Depuis 1993 le chômage n’a perdu que deux points en France contre une division par trois en Irlande, par deux en Espagne, au Danemark et au Royaume-Uni. Nous sommes désormais en queue de peloton dans la course européenne à l’emploi. Pour notre président, la réduction du temps de travail a bridé l’emploi. Le slogan du président a fait mouche car c'est bien d'un slogan qu'il s'agit.
Si mathématiquement parlant, il parait pertinent, la réalité, après analyse, sera bien différente. En effet, un salaire peut se décomposer de la manière suivante : taux horaire x nombre d'heures travaillées. Si vous augmentez un des facteurs, cela se traduira mathématiquement par une augmentation du total. Mais en n'agissant que sur le nombre d'heures, le taux horaire restera inchangé donc dans la réalité le pouvoir d'achat ne bougera pas. L'augmentation du nombre d'heures travaillées se fera évidemment au détriment de la vie personnelle et familiale. Votre temps libre diminuant, vous aurez moins de temps pour des activités extérieures, achats compris. Et que dire de ceux dont le salaire est basé sur un forfait sous quelque forme que ce soit. On aboutira donc au résultat contraire de celui escompté. Dans tous les cas de figure, rien n’indique donc que l’allongement du temps de travail va relancer les embauches.
Il faut savoir que seule la croissance crée de l’emploi pérenne, comme le prouvent les vécus de nos voisins européens qui ont réussi à réduire sensiblement le chômage de masse. Les heures supplémentaires donnent une certaine flexibilité aux employeurs, qui seuls décident de leur opportunité, car ils font appel à une main d’œuvre formée au sein de leur entreprise plutôt que d’embaucher de nouveaux salariés. L'Etat n'intervient que pour fixer le plafond et les conditions de rétribution de ces heures. En cas de forte croissance, les entreprises sont contraintes à embaucher pour répondre aux besoins de nouveaux marchés ; les heures supplémentaires ne sont plus alors suffisantes pour permettre à l’entreprise de tourner correctement. La politique des 35 heures mise en place par le Parti Socialiste était fondée sur cette démarche. Il fallait créer 2 millions d’emplois. Si chacun donnait 4 h de son temps de travail, les 2 millions d’emplois étaient créés. Donc pour créer de l’emploi, il faut soit une forte croissance, soit une meilleur répartition du temps de travail entre les français.
La croissance ne se commande pas, mais elle se prépare en investissant dans la recherche, l’innovation et les pôles de compétitivité. Ce qui implique des formations de base adéquates et solides, des employés bien formés dans leurs entreprises (formation continue), des valeurs ajoutées élevées qui génèreront des valeurs ajoutées élevées. Or notre président ne propose absolument pas de mettre l’accent sur la formation des jeunes. Il est vrai que des jeunes ou moins jeunes qualifiés devraient recevoir un salaire à la hauteur de leur compétence, ce qui leur donnera plus de pouvoir d’achat qui bénéficiera aux entreprises qui, à nouveau, créeront des emplois, des produits à forte valeur ajoutée et redistribueront les bénéfices en salaires, en investissements et le cas échéant en dividendes…etc. Tel est le cercle vertueux de la croissance. Les heures supplémentaires détaxées n’aideront en rien la croissance. Les politiques de croissances mises en place chez nos voisins ont fait leur preuve, pourquoi ne s'en inspirer chez nous ?
Si on compare aujourd’hui l’hexagone à la communauté des 15 de l’Europe (on met à part les 10 derniers pays intégrés), on peut remarquer l’excellente dernière place de la France dans la course à la baisse du chômage. Si on enlève l’ensemble de toutes les manipulations gouvernementales pour masquer les chiffres réels du chômage, on ne compte pas moins de 3 200 000 chômeurs en France et un taux de 21,2% chez les moins de 25 ans. Avant de penser à faire travailler plus ceux qui ont déjà un emploi à temps plein, il faudrait peut-être penser à faire travailler tous ceux qui veulent travailler. « Travailler plus pour gagner plus » n’est pas une solution mais un assassinat globalisé des demandeurs d’emploi et la pérennisation des précarités.
Nous pouvons lire sur le fronton de toutes les mairies de France « Liberté, Egalité, Fraternité ». Trois millions de français sont laissés de coté par le président « de tous les français », cela signifierait-il qu’il faudra enlever le mot « fraternité » de nos mairies ?
Il y a peut-être un point positif à cette action : cela créera quelques emplois, mais pour un temps seulement…
A.M